22 septembre 2018

Témoignages

Ce Vendredi la procédure complémentaire de Parcoursup à pris fin. Avec la mise en place la loi ORE, cette nouvelle plateforme, qui devait résoudre les soucis d’Admission Post Bac, n’a mis que plus de jeunes sur le carreau en cette rentrée 2018. L’UNEF a été à la rencontre de ces jeunes qui n’ont pas trouvé d’inscription dans les filières qu’ils souhaitaient. Manque d’information, d’accompagnement et de prise en compte des différentes situations, voici quelques uns des milliers de témoignages que l’on reçoit tous les jours…

 

Mickael

Il a fait 10 vœux en DUT MMI sur Parcoursup, il a utilisé le reste de ses vœux pour des filières dans son université de secteur comme ses professeurs lui ont conseillé afin qu’il ne se retrouve pas sans rien mais dans des filières dont lui-même ne voulait pas. Lors de la première vague de réponses il a été refusé dans le DUT le plus proche de chez lui et était en attente dans les autres. Fin Août, il est deuxième dans une des listes d’attente, mais craignant de ne pas avoir son vœu, il va donc voir une conseillère d’orientation.

Il se trouve que Mickael a eu de grave soucis de santé qui ont fait qu’il a eu une greffe de rein. La conseillère lui parle donc de l’onglet handicap, dont il n’avait pas connaissance. Elle lui explique donc en quoi il consiste et lui dit qu’il fallait qu’il fasse sa demande auprès de la commission d’accès à l’enseignement supérieur afin que son état de santé soit pris en compte. Il a donc pris contact avec la commission, mais au vu de son retard, cela a pris beaucoup de temps. Il a reçu comme première réponse qu’on lui avait fait des propositions qui convenait à son état de santé, proposition qu’il a dû refuser car ce n’était pas du tout en accord avec ce qu’il avait précisé dans l’onglet « ma préférence »

Aujourd’hui Mickael est inscrit dans une école privée de multimédia. Ces parents ont fait un prêt pour financer sa scolarité et pour qu’il ait réellement accès à la filière de son choix.

 

Hicham

Il vit en Seine Saint Denis. Après un bac S, l’année dernière il s’est inscrit en PACES, mais il a souhaité se réorienté. Ayant un projet bien précis, il a demandé des licences en sciences de la vie en région parisienne. Mais il a été refusé sur tous ses vœux. La procédure complémentaire lui a proposé un « oui, si » en sciences de la Terre, il devait faire une année de mise à niveau puis il intègrerait la licence l’année prochaine sous acceptation du jury. Ce qu’il a refusé, une année d’étude supplémentaire n’est pas dans ses moyens, surtout pour l’éloigner de ce qu’il veut faire. Toujours en attente jusqu’à aujourd’hui, il nous explique qu’il ne comprend pas comment il a pu se retrouver totalement mis à l’écart de l’enseignement supérieur.

Lui qui a connu la plateforme APB, il s’indigne qu’on ne lui donne pas le droit d’étudier et de poursuive sa formation à l’université. Il s’étonne également du nombre de jeunes de la banlieue Parisienne mis à l’écart et très peu écouté par la plateforme.

 

Naima

Elle souhaitait reprendre ses études. Après un diplôme de RNCP niveau 3 d’assistante en ressources humaines, elle a souhaité poursuivre sa formation et se spécialiser dans la psychologie à l’université Paris 5. Le 22 mai la réponse tombe, oui mais en attente. 635 places et 8000 personnes sur la liste d’attente. Elle s’étonne d’ailleurs de ce chiffre.

Il se trouve que Naima a beaucoup de difficultés pour se déplacer, c’est pour cela qu’elle n’a pas fait beaucoup de vœux. En Août, elle s’aperçoit qu’il y a sur la plateforme un emplacement indiqué pour les personnes en situation de handicap. Elle a donc recontacté Parcoursup en leur disant qu’elle n’avait pas eu connaissance de cet onglet plus tôt et qu’elle souhaitait donc que l’on prenne en compte sa situation. Elle a donc été redirigée vers la CAES de Créteil, qu’elle a contacté pour les informer de sa situation et leur fournir les documents justificatifs. Elle a reçu un refus, lui disant que sa situation ne nécessitait pas de prise en compte particulière. Elle passe donc maintenant auprès de la commission régionale où elle est encore en attente d’une réponse. Naima nous témoigne de son désarroi.

Pour l’année de mise en place de la plateforme trop peu d’informations ont été donnés sur la plateforme notamment concernant l’onglet handicap.

 

Le père de Bilal nous raconte le parcours de son fils.

Il était en terminale STMG à Boulogne Billancourt, il s’est inscrit sur Parcoursup et a postulé dans des DUT et BTS en gestion ainsi que dans des licence d’économie gestion à la Sorbonne et à Nanterre. Le 22 Mai, il est refusé dans tous les DUT et BTS et est en attente pour les licences. Ils ont passés leurs vacances à regarder la plateforme Parcousup. Mais même s’il avançait sur la liste d’attente, en Septembre il n’avait toujours aucune proposition d’inscription. Il s’est donc inscrit sur la procédure complémentaire dans des BTS qui ne sont pas dans sa spécialité, il a encore été refusé.

Le 5 Septembre, il a été démissionné de la plateforme. Après plusieurs jours à essayer de les contacter, il a reçu un courrier lui indiquant qu’il serait réintégré. Il a donc postulé dans des nouvelles licences en région parisienne, mais encore une fois il n’a reçu que des refus.

Aucune nouvelle du CAES, même après plusieurs tentatives de contact. Son père ne comprend pas comment on peut justifier tout cela, l’année prochaine il repostulera mais n’aurait-il pas encore moins de chance d’être pris après une année hors du système scolaire. Il ne peut que travailler cette année, mais le job qu’il arrivera à trouver lui servira-t-il vraiment sur la plateforme ? Que vont faire tous ces jeunes qui sont laissés à la rue ?

Il n’a pas les moyens de lui payer des écoles privées. Il doit donc choisir entre une filière qui ne lui plait pas ou attendre l’année prochaine mais avec peu d’espoir d’être accepté.

 

Inas

Après un baccalauréat scientifique en 2017 et une première année de maths physique, souhaitait se réorienter en maths informatique. Elle passe donc par la plateforme Parcoursup et formule 5 vœux. Sur ses vœux elle reçoit comme réponse deux non et trois oui mais en attente.

Après des soucis de réseaux, raison pour laquelle elle n’a pas pu se connecter sur la plateforme pendant une semaine et où elle a perdu tous ses vœux. Elle a donc contacté le numéro vert de la plateforme pour expliquer son problème. On lui a expliqué qu’une phase complémentaire allait être ouverte et qu’elle pourrait retrouver ses vœux. Lors de l’ouverture de la phase complémentaire, elle se connecte et remarque qu’il est impossible pour elle de reformuler les mêmes vœux où elle était démissionnaire. Elle rappelle le numéro vert, on lui indique qu’effectivement elle ne peut pas les remettre et qu’elle avait 5 jours après sa démission pour revenir à ses vœux, le délai était dépassé pour elle.

Elle s’est donc déplacé à l’université de son vœu de premier choix où elle avait reçu un oui pour voir s’il y restait des places et si elle pouvait s’y inscrire. On lui indique que l’université ne peut pas procéder à des inscriptions sans passer par la plateforme. Elle va donc au rectorat pour faire appel à la commission CAES, personne n’est habilité pour cette procédure, elle est ensuite dirigée vers le CIO où également personne ne peut l’aider. Elle retourne donc à l’université qui lui indique qu’à présent ils peuvent le faire mais qu’ils ont besoin de justificatifs écrits de sa situation avec Parcoursup. Le temps de faire les démarches car toutes les prises de contact étaient par téléphone, lorsqu’elle y retourne, il n’y avait plus de place dans la filière qu’elle souhaitait. Elle se retrouve donc aujourd’hui sans aucune solution.

 

La mère de Yohan, bachelier STL depuis 2017 nous raconte ensuite son histoire.

Il est passé par APB où il a postulé pour STAPS mais n’a pas été accepté. Il a donc fait une année de prépa privée pour améliorer son dossier. Arrivé sur Parcoursup, afin de repostuler en STAPS, il se rend compte que l’école qu’il a fait n’est pas reconnu par la plateforme. Il est refusé dans toutes les universités d’ile de France.

Il a donc postulé lors de la phase complémentaire dans les universités de Province ainsi que dans les filières proposées par Orsay, son université de secteur. Il est donc accepté en PACES à Orsay. Ayant eu une proposition, la commission l’a donc complément abandonné. Soit il accepte soit il refuse, mais en tout cas Parcoursup s’arrête pour lui. Il a donc accepté, simplement pour rester encore à l’université et attend donc un peu plus longtemps pour se réorienter.

 

Olivia

Elle vient d’avoir son bac scientifique. Comme elle a redoublé sa terminale elle a aussi pu voir la plateforme APB, et donc observé le passage de 30 vœux à 10. Forcée de limiter ses choix, elle a fait 8 vœux en architecture et 2 en psychologie. Elle souhaitait intégrer plutôt une filière d’architecture. Ses vœux en psychologie, même si cela lui plaisait était aussi pour avoir des vœux en licence pour être sûr d’avoir au moins une proposition. Personne ne lui a dit que Psychologie était une filière en tension, pas même ses deux professeurs principaux…

Lors de la première remonté des réponses elle est refusée partout sauf pour un de ses deux vœux en psychologie. Où elle était 5000ème sur 6000 en liste d’attente pour 635 places. Consciente du peu de chance qu’elle avait d’être prise dans le seul vœux qui lui restait, elle est donc passé par la phase complémentaire pour ajouter de nouveaux vœux. Il n’y a plus de places en psychologie en Ile-de-France, elle regarde donc les universités en province. Mais elle doit y renoncer, faute de moyens financiers.

Complètement délaissée par la plateforme, elle se dirige donc vers le rectorat afin de tenter la CAES, arrivé au rectorat de Créteil on la renvoi vers le CIO dont elle dépend. En arrivant, c’est un choc pour elle, on lui répond qu’ils ne connaissent pas suffisamment la plateforme donc qu’ils ne peuvent pas l’aider et qu’il faut qu’elle contacte directement les universités après le 21 Septembre pour voir où il reste des places. Totalement perdu, elle va donc ensuite au point d’information jeunesse, où on lui conseille de prendre une inscription à l’université peu importe la filière, mais uniquement pour entrer dans l’enseignement supérieur et demander une réorientation à la fin du premier semestre.

La voilà donc à devoir surement s’inscrire dans une filière de langue, qui ne se rapproche pas du tout de son projet en espérant avoir une possibilité de revenir dans ses réels projets d’ici quelques mois, mais sans aucune réelle garantie.

 

Rayan

Il vient d’avoir un bac STI2D mention assez bien à Paris. Deux de ses vœux sur Parcoursup ont été refusés et deux vœux en BTS Audiovisuel option Son en Île-de-France ainsi qu’un DMA Régie/Son en province ont été mis en attente dès les premiers jours. Ces vœux sont restés en attente jusqu’à aujourd’hui le laissant espérer qu’une place se libère. Il a saisi la commission d’accès et n’a reçu comme unique réponse de chercher une autre formation ou celle qu’il souhaite mais dans une autre académie. Il attendait un soutien personnalisé et a été déçu du manque d’accompagnement.

Il découvre sur Parcoursup qu’une formation en province aurait encore de la place. Il envisage de s’y inscrire malgré une contrainte financière difficile pour sa famille. Je décide donc d’appeler l’école pour en savoir plus sur la possibilité de se loger et la formation qui est en apprentissage. La personne qui lui répond lui indique que la formation est complète depuis longtemps. La plateforme n’est donc pas à jour.

Depuis plusieurs jours, il entend des commentaires très négatifs sur ces élèves qui n’ont pas un niveau suffisant, qui sont inactifs… Ce n’est pas son cas car il a passé son été à chercher des solutions et il a des résultats scolaires satisfaisants. Ces commentaires, après toute cette attente, sont un mépris supplémentaire pour un jeune dont le seul souhait est de se former dans un domaine qui le passionne.

Il mène depuis des années un double cursus scolaire et au conservatoire de musique où il a atteint le 3ème cycle. C’est un parcours exigeant qui demande une organisation de travail utile pour les études supérieures. Il a obtenu d’excellentes notes en musique et physique au bac, des matières importantes pour sa formation et il a participé à des sonorisations d’événements bénévolement pour des associations afin d’avoir une première connaissance du matériel de prise de son.

Après avoir enfin reçu une proposition de la commission d’accès à l’enseignement supérieur lui proposant un BTS sans aucun lien avec l’univers dans lequel il souhaite travailler. Il a appelé le rectorat espérant joindre la commission mais il a été dirigé vers le CIO qui confirme que cette formation ne correspond pas du tout à ses choix. Il a l’impression que la commission a pour objectif de caser le maximum d’élèves le plus vite possible sans se soucier des conséquences sur leur avenir plutôt que de trouver comme promis une place à chacun dans le domaine qui l’intéresse en ouvrant une place supplémentaire lorsque c’est nécessaire.

Il n’a pas eu d’autres choix que de refuser la proposition qui lui a été faite tout en maintenant sa demande d’aide et sa volonté d’entrer dans l’enseignement supérieur dans le domaine de l’audiovisuel. Malgré cela, la plateforme le considère comme démissionnaire. On lui a demandé d’être patient pendant des mois sans répondre à ses demandes d’aide et on le laisse un jour pour accepter une formation qui ne lui convient pas sous la contrainte de se retrouver sans aucune perspective d’avenir.

Il finit donc par :

« Que vais-je devenir après le 21 septembre ? »